African womanMétisse d’une mère franco-polonaise et d’un père gabonais née à Libreville dans le pays qu’est le Gabon, l’art a toujours fait partie intégrante de ma vie ; en premier lieu au travers de la musique que je pratiquais quand j’étais très jeune dans une chorale ; expérience enrichissante m’ayant permis l’expérience de l’expérimentation et l’émotion à l’état pur. Je n’ai pas connu ma grand-mère maternelle dont les seules brides d’éléments de son histoire qui m’ont été rapportées sont son arrivée en France, très jeune, dans le Nord-Pas-de-Calais, avant de perdre ses parents et de devoir se débrouiller seule alors qu’elle ne parlait à l’époque pas un mot de français.

Elle a rencontré mon grand-père seulement plus tard et leur vécu m’est encore inconnu. C’est lors de la séparation définitive de mes parents que je suis partie m’installer en France avec ma mère et mon frère, tout d’abord dans la région du Nord avant de poser pied dans la banlieue parisienne puis dans Paris même. Au travers de cette expérience, j’ai compris que la vie n’était que voyage mais qu’il m’était nécessaire de réussir à m’ancrer quelque part afin de construire mon identité ; identité qui pourra m’aider à mieux m’adapter aux autres et à mon environnement. J’étais la fille aux visages pluriels, tantôt blanche, tantôt noire, tantôt magrébine, tantôt française avec un accent du nord, tantôt parisienne ou tantôt canadienne ; les gens me percevaient sous des facettes multiples.

J’ai toujours été une élève moyenne qui ne faisait pas de vagues, mais en grandissant je me suis rapidement désintéressée du système académique trop oppressant pour une âme libre comme la mienne. Adolescente, j’ai aimé flirter avec l’interdit en transgressant les règles. Je me souviens encore de ces longues absences le jour et la nuit durant lesquelles je restais dehors avec des amies de mon âge ; nous passions le temps en commettants des petits délits tels que des vols mineurs nous permettant de jouer avec l’adrénaline et d’exprimer notre rage de vivre. Nous étions simplement des jeunes filles spontanées et insouciantes soucieuses de trouver un sens à la vie. Simultanément ma passion pour l’art ne cessait de grandir, peinture, photographie, danse ; tout m’intéressait et je les étudiais.

C’est en 2011 que j’ai eu une révélation extraordinaire en découvrant le street-art dont la pratique ne me quittera plus jusqu’à aujourd’hui. Des fresques murales prenaient place dans mon quartier parisien et je découvrais en elles la force que pouvaient apporter les couleurs et la lumière dans mon quotidien. Elles ont été pour moi un élément déclencheur ; je me suis mise à utiliser un mélange entre la peinture et le collage de photographies. Je me suis appuyée sur des portraits de femmes africaines et asiatiques que je me suis appropriée ; elles étaient pour moi des « belles  de rue» que je souhaitais donner à voir. Dès le début de mes créations, mes questionnements ont porté sur l’identité, l’image de soi, la féminité et le corps ; ces derniers ont été omniprésents dans mon travail ; ce peut-être en raison de ma propre recherche en moi-même.

L’art de rue occupe l’espace public ; ce qui est pour moi la meilleure manière de donner de la visibilité à mes ouvrages. De Paris à Montréal, mon objectif a toujours été de rendre mes créations accessibles à tous et de leur permettre d’avoir un impact sur les autres. Durant plusieurs années, je ne souhaitais pas afficher mon travail dans des lieux d’exposition prévues à cet effet ; mes œuvres n’étaient visibles que dans l’espace public et à mes yeux cela avait un sens et un impact différent que je souhaitais préserver ; c’était une forme d’engagement artistique auquel il était important pour moi de me tenir. Je trouvais que l’art contemporain était réservé à une élite et que ses sujets étaient fortement académiques et sclérosés.

L’image que je pouvais en avoir me donnait l’impression que je ne pourrai jamais y avoir accès en tant qu’artiste métisse authentique et sans appui dans le milieu. Le street-art m’a permis de me définir, de m’épauler dans les moments difficiles et de donner un sens véritable à ma vie. Je suis persuadée que l’art est pour l’ensemble des êtres humains un outil précieux auquel tout le monde devait avoir accès. Il a le pouvoir de transformer les gens et ainsi de transformer le monde. Membre d’Off Murales en 2013 et 2014, je me suis retrouvée dans un collectif de femmes street-artiste qui se sont regroupées ensemble afin de prôner un street-art féministe, antiraciste, anticolonial et anticorporatif.

J’ai eu la chance de faire voyager personnellement mon œuvre à Montréal, à New York, à Berlin et à Goa et en collectif grâce à Street art Whithout Borders et the Art Fabric en Chine, Argentine, Brésil ; j’aimerai continuer à élargir mon champ de création à travers des disciplines nouvelles telles que les arts visuels et vivants.

Jeune femme à la double identité en recherche constante de l’essence de l’existence, l’art a su me construire et me permettre de mener les combats et les projets qui me tiennent à cœur.